Bâtonnets des Émotions : le rituel de tirage au sort qui change tout
Adieu les larmes, bonjour les monstres ! Ou comment j’ai survécu au tirage au sort.
On connaît tous ce moment en classe : vous posez une question.
Option A : c’est le désert de Gobi. Personne ne lève la main, vous entendez presque un virevoltant traverser la rangée du milieu.
Option B : c’est l’émeute. Trente mains se lèvent avec la ferveur d’un concert de rock, et dès que vous choisissez Léo, un soupir collectif digne d’une tragédie grecque parcourt la classe. C’est le début du drame : il y a celui qui se transforme en statue de sel, et celui pour qui ce sont carrément les chutes du Niagara, parce que la frustration est trop dure à avaler.
Bref, après une année de « système D » un peu chaotique, je me suis dit : « Plus jamais ça ! »
Lors d’une visite, une conseillère pédagogique m’a parlé d’un système de bâtonnets utilisé par une collègue. L’idée est restée dans un coin de ma tête, attendant le bon moment pour faire tilt.
Comme le thème de mon école cette année est les émotions, j’ai décidé de pimper cette idée pour qu’elle soit aussi mignonne qu’efficace. J’ai donc délaissé mes copies deux minutes (ou deux heures, ne jugez pas) pour filer sur Canva.
Les bâtonnets des émotions, en bref
Un bâtonnet par élève, surmonté d’un petit personnage illustré, avec le prénom caché au dos. L’enseignant pioche sans regarder : le tirage est équitable, chacun passe une fois avant que le tour ne recommence. La course aux mains levées disparaît et la prise de parole devient un rituel calme.
- Niveau : Tous les niveaux.
- Fabrication : 30 minutes environs.
- Budget : Moins de 5 € (bâtonnets, colle, impression).
Quand et pourquoi utiliser les bâtonnets ?
L’objectif est simple : répartir la parole sans que ce soit toujours les mêmes qui répondent, faire participer les élèves discrets qui ne lèvent jamais la main, et désamorcer la frustration de ceux qui n’ont pas été choisis.
Chez moi, le pot sort à plusieurs moments de la journée : les questions orales et le rituel du matin, le calcul mental, la lecture à voix haute, la distribution des responsabilités et la constitution des groupes.
Le matériel que j’ai utilisé
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- Bâtonnets de glace en bois : propres, c’est mieux.
- Pistolet à colle : l’arme fatale de la maîtresse créative.
- Tubes de colle pour pistolet à colle : indispensables pour assembler les petits monstres.
- Deux pots ou petites boîtes : vous comprendrez pourquoi deux un peu plus bas.
- Mes petits monstres des émotions, imprimés et découpés.
Comment fabriquer les bâtonnets ?
- Imprimer et découper les personnages, un par élève.

- Écrire le prénom au dos de chaque personnage, c’est tout le secret : le préno
m reste invisible quand les bâtonnets sont dans le pot. - Coller le personnage en haut du bâtonnet, comme une petite tête.
- Répartir les bâtonnets dans le pot « À passer ». Le second pot reste vide, il servira au fil de la journée.
Comment fonctionne le rituel en classe ?
C’est la partie qui fait toute la différence, et celle qu’on oublie souvent d’expliquer. Sans règle claire, le tirage au sort redevient du hasard et le hasard, lui, oublie très bien certains élèves.
Deux pots, pas un seul
Le pot « À passer » contient tous les bâtonnets en début de journée. Dès qu’un élève est tiré, son bâtonnet ne retourne pas dedans : il va dans le pot « Déjà passé ». Quand le premier pot est vide, tout le monde a parlé et on remet tous les bâtonnets dans le pot de départ pour un nouveau tour.
La question d’abord, le tirage ensuite
Je pose toujours la question avant de plonger la main dans le pot, et je laisse quelques secondes de silence. Résultat : toute la classe réfléchit, parce que personne ne sait encore qui va répondre. C’est le petit détail qui change vraiment la dynamique.
Les absents
Le matin, je mets de côté les bâtonnets des élèves absents. Ils réintègrent le pot « À passer » dès leur retour, ce qui leur garantit de passer dans le tour en cours.
Et si l’élève ne connaît pas la réponse ?
Il a deux possibilités : demander un indice, ou appeler l’aide d’un camarade de son choix. Dans les deux cas, son bâtonnet passe quand même dans le pot « Déjà passé » : il a participé. Ne pas savoir n’est pas une faute, et le rituel n’est jamais utilisé pour évaluer.
Et si un élève ne veut pas répondre ?
Pour un élève très timide, mutique ou anxieux, un tirage au sort peut être une source de stress plutôt qu’un jeu. J’aménage alors le dispositif : je retire temporairement son bâtonnet du pot, ou je le préviens en amont qu’il sera interrogé sur telle question, ou encore je lui propose de répondre à deux avec un camarade. Le bâtonnet revient dans le pot quand l’élève se sent prêt et c’est souvent plus vite qu’on ne le croit.
Ce que ce rituel a changé dans ma classe
- C’est équitable : tout le monde passe, personne n’est oublié.
- C’est visuel : les élèves adorent ces petits personnages colorés, et le pot fait partie du décor de la classe.
- C’est zen : finies les mains qui s’agitent dans tous les sens et les larmes de frustration.
Le tirage au sort est devenu un mini-rituel ludique qui colle parfaitement à notre travail sur la gestion des émotions. Et honnêtement, mes matinées ne se ressemblent plus.

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