Amorces abstraites : le petit rituel de pages de garde qui pourrait bien tout changer
On va se dire la vérité entre collègues, à chaque rentrée, on repart à la recherche de pages de garde créatives. Il y a toujours ce petit passage obligé avant même de commencer la première leçon, préparer la première page de chaque cahier.
Vous savez, celle que les élèves collent ou décorent sur la toute première page de leur cahier, avec le nom de la matière, leur prénom et leur classe. Celle qui finit par nous envoyer sur Pinterest à 23 h 17 parce qu’il nous manque encore la page de garde du cahier de sciences.
Moi la première, j’étais adepte du « tout imprimé » à colorier. C’est mignon, mais c’est un peu fade, cela consomme un toner complet et, avouons-le, niveau créativité, on est proche du néant.
Alors, bien installée dans mon canapé à gribouiller mon organisation de septembre, j’ai décidé de dire stop. Pour la rentrée prochaine, je lance un défi : zéro copie, zéro recherche infinie, mais 100 % créativité.
Cette fois, pas de dessin tout prêt à terminer. Je trace simplement une ligne, une courbe ou quelques points au tableau. Les élèves la recopient sur la première page de leur cahier, écrivent le nom de la matière, puis transforment cette petite forme comme ils le souhaitent.
Un rituel ultra-simple en quatre étapes
Concrètement, voilà comment je compte m’y prendre :
- Je dessine une amorce au tableau. Un trait, une courbe, une spirale ou une ligne brisée, mais jamais un objet reconnaissable.
- Les élèves la reproduisent à main levée sur la première page de leur cahier.
- Ils écrivent le nom de la matière, puis leur prénom et leur classe si nécessaire.
- Ils disposent ensuite de 10 à 15 minutes pour transformer cette amorce en dessin, tout en la gardant visible dans leur production finale.
Et c’est tout. Pas de modèle à imprimer, pas de découpage, pas de recherche de dernière minute et, surtout, pas trente fois la même page.
Le secret : ne jamais donner d’exemple concret
Le secret pour que la magie opère, c’est de ne jamais souffler une idée trop précise.
Si je dis : « On dirait un serpent », je tue l’imaginaire et je me retrouve avec trente cobras sur les tables.
La consigne doit donc rester courte. L’amorce doit toujours rester visible, mais les élèves peuvent ajouter tout ce qu’ils souhaitent autour.
Je sais ce que vous vous dites : « Elle s’emballe, elle n’a pas encore vu ses élèves et elle croit déjà au miracle ! »
Et vous n’avez pas complètement tort. Je n’ai pas encore testé ce rituel avec ma prochaine classe. Mais je vous l’affirme déjà : les amorces abstraites, c’est le pari qui pourrait tout changer… au moins pour ma charge mentale.
Une mission différente selon la matière
Selon le cahier, je compte simplement faire varier la mission pour guider les élèves sans leur donner la réponse.
- Français : transforme cette amorce en une image qui donne envie de raconter une histoire.
- Mathématiques : transforme cette amorce en utilisant des formes géométriques, des lignes ou des motifs organisés.
- Sciences : transforme cette amorce en quelque chose que l’on peut observer, étudier ou expérimenter.
- Anglais : transforme cette amorce en une image que tu pourras présenter avec quelques mots en anglais.
- EMC : transforme cette amorce en une image qui représente une émotion ou une valeur importante pour bien vivre ensemble dans la classe.
- Histoire : transforme cette amorce en un objet, un monument ou un symbole qui rappelle une époque passée.
- Géographie : transforme cette amorce en un paysage, une carte imaginaire ou une représentation de notre planète et de ses habitants.
- Poésie : transforme cette amorce en une image poétique ou en un décor qui pourrait illustrer les mots d’un poème.
- Lecture : transforme cette amorce en un personnage ou en un lieu sorti tout droit d’un livre que tu as aimé ou que nous découvrons ensemble.
Trente élèves, trente idées différentes
Au-delà du fait que je ne vais plus me battre avec la photocopieuse à 8 h 02, c’est surtout ce point qui me plaît.
Tout le monde part de la même petite forme, mais personne ne voit exactement la même chose. Une courbe deviendra une vague chez l’un, une colline chez l’autre, une chevelure, un animal ou quelque chose auquel je n’aurais jamais pensé.
C’est aussi une jolie manière de commencer l’année : montrer aux élèves qu’on peut partir de la même consigne et arriver à des résultats complètement différents.
Et pour ceux qui pensent déjà « Je ne sais pas dessiner », l’amorce donne au moins un point de départ. Il n’y a plus la grande page blanche qui regarde l’élève en attendant une idée géniale.
Ma banque de 20 amorces
J’ai préparé une banque personnelle de 20 amorces abstraites : vague, zigzag, spirale ouverte, arc de cercle, ligne brisée, boucle, diagonale, escalier, croix asymétrique, étoile incomplète et plusieurs associations de formes.
L’idée est de suivre l’ordre de la liste pour chaque nouveau cahier. Je n’aurai donc pas à chercher une nouvelle forme à chaque fois. Une fois les 20 amorces utilisées, il suffira de recommencer dans un autre ordre pour garder l’effet de surprise.
Vous pouvez télécharger la banque de 20 amorces et les consignes par matière dans l’espace de téléchargement situé tout en bas de cet article.
Alors, on tente le pari ?
Je vous partage cette idée en avance pour que vous puissiez, vous aussi, l’imaginer tranquillement depuis votre salon.
De mon côté, c’est promis : je reviendrai compléter cet article après la rentrée pour vous montrer les premières productions de ma classe et vous dire, sans tricher, ce qui a réellement fonctionné ou non.
Et si vous craquez avant moi et que vous testez ce rituel « zéro copie », n’hésitez pas à venir partager les idées de vos élèves dans les commentaires.
Alors, on débranche la photocopieuse ?


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